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19/11/2007Kensa, une graffeuse parmi les rideuses
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 19/11/2007 Kensa, une graffeuse parmi les rideuses

Elle a designé les lunettes Jee Vice, graffé pendant le Mondial du Ski l'an passé et l'Intergirlactik.
 
Cette jeune artiste de 30 ans a fait sa place dans le monde du graffiti depuis plus de 10 ans et vient de gagner la sienne dans celui de la glisse depuis sa collaboration avec Jee Vice l'an passé. Kensa nous parle du graffiti, de ses créations, et de sa vie, pas si éloignée de celle d'une rideuse, finalement... Portrait.
Board-Ladies : Salut Kensa, qui es-tu, d'où viens tu ?
En fait, je suis originaire de Rennes mais je suis partie à Toulouse en 98. J'ai vite été séduite par cette ville qui était déchirée, où il y avait une scène graffiti très riche. A l'époque, il y avait pas mal de petites rues où je pouvais peindre tranquillement, parfois même de jour ! Et rien n'était effacé. Je suis ensuite arrivée sur Paris en 2004 et là je pars vivre au Sénégal dans un mois. Je bouge pas mal en fait !
 
B-L : Quand et comment as tu commencé le graff?
C'est à Rennes, en 95, que j'ai commencé à taguer. J'adorais voir mes tags sur le trajet de mon bus pour aller au lycée, ça me rappelait avec qui j'avais fait ma session pendant le week-end, le trajet et les délires de la soirée. Je trouvais ça fantastique que les murs racontent nos histoires.
Puis, je me suis mise aux "brûlures", c'est un graff avec des contours noirs et un intérieur en chrome. On lui donne ce nom car il s'agit de trouver des endroits très en vue et de faire une pièce lisible rapidement parce que ces endroits sont en général exposés et tu peux vite te faire repérer. J'ai testé ensuite d'autres supports comme les trains, les devantures, les camions etc. Je voulais être partout et je testais les limites !
Les ennuis avec la justice aidant, je cherche maintenant à aborder le graffiti d'un point de vue plus artistique et moins vandale, avec beaucoup de couleurs, des fioritures et de nouveaux supports tels que les lunettes de Jee Vice par exemple.
 
B-L : Tu en vis maintenant?
Non, j'ai cherché à en vivre il y a pas mal de temps déjà mais ça ne me nourrissait pas, ne me permettait pas d'avoir un toit, alors je m'y suis prise autrement. Je travaille et je me débrouille pour dégager du temps dès que j'ai une commande ou un plan qui se présente. Et je fais aussi quelques expos.
 
B-L : Comment as-tu commencé à travailler avec Jee Vice? Ce sont eux qui t'ont contactée?
Jee Vice m'a contacté pour peindre lors de l'Intergirlactick de 2004, si je me rappelle bien, mais j'ai eu un changement et je n'ai pas pu y participer. Ils m'ont recontacté en 2006 pour le Mondial du Ski et cette fois-ci j'étais dispo. Puis, on a enchaîné avec l'Intergirlactick, et ensuite les lunettes.

 
B-L : C'est l'esprit de Jee Vice qui t'as plu ? Raconte nous votre collaboration...
Tout ça s’est fait dans une ambiance très cool, et j'ai été agréablement surprise car c'était très pro. Contrairement à d'autres qui croient que tu peux peindre en une heure sur 200 m avec trois bombes, Julie (Vergez NDRL) de Jee Vice m'avait fait apprêter un vrai support avec le matos nécessaire lors du Mondial puis de l’InterGirlactik. Donc évidemment, le résultat a pu être vraiment sympa et ça a plu, je crois !
 
B-L :Designer des lunettes, était ce un vrai challenge pour toi?
C'est marrant parce qu'on m'a parlé des lunettes au moment où j'étais en train de délirer à customiser des tasses de café et des tajines. Alors, je me suis dit que ça pourrait être un bon kif parce que les gens portent cet élément sur eux au même titre que les T-shirt, avec un petit coté plus inédit.
Il a fallu réfléchir à des éléments graphiques qui mettent en avant les lunettes, que ce soit marrant et en même temps esthétique et surtout travailler proprement pour ne pas empiéter sur le champ de vision des rideuses.
Je voulais aussi que ce soit dans l'esprit « Ride, Glisse », j'ai vraiment kiffé l'expérience. On peut dire que c'était un challenge parce que chaque nouveau support génère une nouvelle inspiration et fait progresser.


 
B-L : Que préfère tu graffer? Quelles sont les couleurs que tu utilises le plus?
J'ai toujours une préférence pour le mur, la base du graffiti. Mais mon goût actuel pour les fioritures (arabesques, plantes, grappes de raisin, ornementations en tout genre) s'adapte bien aux supports plus petits que je customise. Ma couleur préférée varie souvent. En fait, ce sont plutôt les combinaisons de couleurs que j'aime, les unes doivent mettre en valeur les autres sans pour autant rendre le tout agressif. En ce moment je suis un peu bloquée sur le vert kiwi et le purple (violet framboise).
 
B-L : Comment réalise-tu un graff ?
Pour toutes les créations, que ce soit sur n'importe quel support, je réalise des esquisses auparavant.
Je pose mes idées sur le papier, j'affine et puis je m'inspire des parties que je préfère dans chaque croquis pour la peinture finale. C'est pour cette raison que je sais rarement précisément ce que ça rendra avant que tout soit terminé.


 
B-L : Tu aimes aussi skier, je crois ?
Oui, vraiment... Les collaborations avec Jee vice sont d'autant plus cool que ça me donne l'occasion d'aller sur les pistes ! Et aussi de m'imprégner de l'état d'esprit des rideuses...
Mais mon premier amour reste la danse. Je pratique depuis plus de 10 ans ! Du hip hop au modern jazz en passant par le classique et la danse africaine ou encore la salsa. En ce moment, je fais aussi pas mal de ragga dancehall. En fait, je trouve que l'expression du corps est au moins aussi puissante que celle de la peinture.


 
B-L : Ta façon de voir le graff et ta vie ?
Pour ce qui est du graffiti, j'étais motivée les premières années par une volonté de performance, aller plus loin, peindre dans des endroits tendus, être vandale, faire des trains, me dépasser et en imposer aux mecs qui pensent toujours qu'une fille ne peut pas faire comme eux! Je ne suis pas féministe, mais plutôt à la recherche de respect et de reconnaissance. Il faut dire aussi qu’il est important de savoir se faire respecter dans ce monde plutôt macho, et ne pas se laisser faire. Car certains regardent plus ton physique que ta peinture…
Actuellement, je suis plus dans la volonté de m'accomplir, de faire des créations qui me plaisent vraiment esthétiquement.

J’aime aussi beaucoup voyager, et j’ai vraiment envie de connaître d'autres endroits, d’autres gens et d'autres cultures. Je suis avide de diversité. Aller semer mes peintures aux quatre coins du monde et puiser dans ces nouvelles sources d'inspiration.


Propos recueillis par Lucy PALTZ
 

Liens associés : Le myspace de Kensa




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