|
| Agoride > Ski > Focus
|
| 08/02/2007
Les ligaments croisés
|
Sur un podium mondial, il y a 90% de chances pour que les 3 médaillés aient été opérés, au moins une fois, du ligament croisé antérieur. Le pourquoi du comment et les conseils des kinés sur le fameux point sensible des skieurs. Bon appétit. |
|
Les propos ont été recueillis auprès de deux spécialistes : Eudes Ollier, kiné de l'équipe de France de géant entre 2002 et 2004, et Bertrand Biju Duval, kiné grenoblois ayant travaillé sur de nombreux genoux maltraités.
|
| |
Tout d'abord, pour clarifier un peu les choses, une petite mise au point lexicale s'impose. On parle souvent de « rupture du ligament croisé ». Mais il s'agit d'un abus de langage. En effet, il existe deux principaux ligaments dans le genou : le ligament croisé antérieur et le ligament croisé postérieur. Les accidents correspondent dans la plupart des cas à la rupture du ligament antérieur. Aussi, les connaisseurs ont l'habitude de l'appeler communément le « LCA ». Le ligament postérieur ainsi que les deux ligaments internes et externes, se rompent, et heureusement pour nous d'ailleurs, très rarement, uniquement lors de chutes particulièrement graves. Aussi, cette rubrique médicale zoome sur la rupture du LCA uniquement.
Quel est le rôle du ligament antérieur ? Sa fonction première est de maintenir les os du genou entre eux, c'est-à-dire le fémur et le tibia, pour contrôler ainsi les différents mouvements.
|
| |
L'origine de la rupture L'articulation du genou est capable d'une faible liberté de mouvement. Celui-ci n'est possible que dans deux dimensions au cours des flexions et extensions du genou. Le genou n'est pas conçu pour des mouvements de rotations. En ski, la torsion entre les skis et le corps crée une rotation du genou à l'origine de la rupture du ligament. Il y a quelques années, les chaussures de ski étaient en cuir très souples. Les fractures des os de la jambe, péroné et tibia, étaient très fréquentes. Aujourd'hui, l'amélioration du matériel a déplacé le problème : le genou est devenu le point sensible des skieurs. La rupture du LCA correspond à une usure progressive du ligament qui s'effectue au cours des différentes chutes d'un skieur. Puis, sur une simple chute, le ligament est capable de se rompre d'un seul coup. « 90% des skieurs sur un circuit mondial ont eu une rupture du croisé, c'est la blessure banale. La plupart en ont d'ailleurs déjà eu une avant d'arriver sur le circuit », explique Eudes Ollier, « Il y en a même qui sont passés 6 ou 7 fois sur le billard : 4 fois pour le même et 3 fois celui de l'autre jambe. En général, le skieur perd une saison à cause des 6 mois de rééducation qui suit l'opération ».
|
| |
La prévention Un bon réglage du matériel est primordial pour prévenir le risque de rupture du ligament. Des fixations trop ou pas assez serrées augmentent les accidents de ski. L'essentiel est de trouver un bon équilibre dans le réglage de son matériel.
|
| |
La musculature : se muscler harmonieusement. L'équilibre musculaire protége le genou. Mais la musculature doit être harmonieuse et adaptée : il est nécessaire d'avoir des muscles avant, les quadriceps, aussi musclés que les muscles arrière, les isquio-jambiers. Ainsi, les muscles de la cuisse sont capables de soutenir et de protéger le ligament. « Pendant très longtemps, les grands sportifs travaillaient principalement leurs muscles avant. Au final, ils se retrouvaient avec des quadriceps énormes », explique Bertrand Biju Duval, « Ce renfoncement musculaire constituait un contrainte monumentale sur les genoux. Ce problème de déséquilibre musculaire avait pour conséquence une fréquence élevée de rupture de ligament. L'essentiel, c'est d'être musclé harmonieusement .
Les exercices La chaise : le célèbre exercice de la chaise est un bon moyen de renforcer ses quadriceps. Principe : Placez vous dos contre le mur, genoux fléchis à 90°, comme si vous étiez assis sur une chaise imaginaire. Maintenez cette position tout en rentrant le ventre et en contractant les abdos. Garder cette position une fois 30" puis 1' et enfin 1' 30".
Exercice 2 : pour renforcer cette fois-ci les muscles arrières de la cuisse, les isquio-jambier. Principe allongez vous au sol, sur le dos, jambes pliées, genoux relevés, puis soulevez lentement le bassin jusqu'à former une planche avec le corps. Maintenez cette position pendant cinq secondes et ramenez ensuite le bassin au niveau du sol. Répétez l'exercice une dizaine de fois.
Ces deux exercices sont des exercices statiques et non dynamiques. En effet, contrairement à ce qu'on pourrait penser, le « statique » est particulièrement important : la position en ski nécessite une contraction statique de longue durée. Ces exercices sont des bons moyens d'entraîner à contracter ses muscles pendant une durée importante.
|
| |
La souplesse et l'importance des étirements La force d'un muscle ne fait pas tout. La qualité d'un muscle est la souplesse qui lui permet de mieux absorber les contraintes. Plus un muscle est raide, plus il sera cassant. En gros, il vaut mieux ressembler à un gymnaste qu'à un bodybuilder. D'où la nécessité de s'étirer après une journée de ski.
Le traitement Le traitement correspond à une intervention chirurgicale. Cependant, les spécialistes n'opèrent que dans des cas très précis : il faut souvent être jeunes et sportifs pour y avoir droit. On peut très bien vivre sans ligament antérieur, à condition de ne pas effectuer d'effort violent, car ensuite le risque est d'abîmer le ménisque. L'opération chirurgicale se fait en général deux mois après la rupture. Cette attente permet d'opérer sur un genou moins inflammatoire. Cependant, les skieurs de haut niveau sont en général opérés immédiatement. « C'est la grosse différence entre un skieur de haut niveau et un skieur occasionnel. Pour un skieur de haut niveau, on fait un IRM et dès qu'on est certain qu'il s'agisse bien d'une rupture, c'est directe l'opération », précise Eudes Ollier.
|
| |
En quoi consiste l'opération ? Il s'agit de remplacer le LCA en greffant un autre ligament. Deux méthodes sont actuellement utilisées. Elles diffèrent par l'origine du greffon. La première méthode, la technique Macintosh, consiste à prélever un petit bout de la partie médiane du tendon rotulien, entre le tibia et la rotule, ainsi que des petits bouts des 2 os. La 2ème méthode, la technique DIDT, consiste à prélever un ligament de la longue portion tendineuse du muscle isquio-jambier. Ces interventions chirurgicales sont efficaces chez la plupart des patients. Cependant, chez les sportifs de haut niveau, une nouvelle rupture est fréquente. D'autres techniques ont alors été mises au point : il est possible par exemple d'insérer deux ligaments greffons au lieu d'un pour essayer de verrouiller encore plus le genou et ainsi de gagner en stabilité. A l'étranger, il serait même possible de renforcer un ligament rompu par un ligament extérieur, c'est-à-dire provenant d'un « donneur de ligaments »... bref, la rupture du LCA est un problème chez les skieurs de très haut niveau et on cherche encore à améliorer les techniques chirurgicale pour y remédier.
|
| |
|
| |
La rééducation La rééducation dure plusieurs mois. La kinésithérapie est indispensable : le genou a du mal à plier et à tendre, les exercices sont là pour éviter qu'il s'enraidisse et qu'il perde ainsi son extension. Le risque est qu'il reste toujours un peu fléchi. Au cours de la rééducation, le genou doit peu à peu reprendre des muscles dont la fonction première est de stabiliser le genou. La rééducation en piscine est idéale (dès 2 à 3 semaines après l'opération, pour laisser le temps à la peau de se cicatriser). Elle permet des mouvements actifs sans contraintes et sans douleur.
|
| |
|
Conclusion : la rupture de LCA s'accompagne en général de lésions au niveau de ménisques. L'opération chirurgicale enlève les bouts d'os gênant. Les cartilages, ainsi abîmés, s'usent beaucoup plus vite et les problèmes d'arthrose arrivent bien plus tôt. « Avec une tripoté de rupture, les skieurs de haut niveau peuvent avoir une arthrose très développée, correspondant à une arthrose de 2 à 5 fois son âge. Les papis n'ont rien à leur envier ! ». Le LCA est donc une blessure ultra banale, mais « Il est fréquent que cette blessure signe la fin d'une carrière », explique Eudes Ollier, « enfin, le ligament croisé antérieur est tel qu'il est. Quoiqu'on fasse, il ne changera pas. Le mieux qui nous reste à faire pour compenser la faiblesse du croisé, c'est d'avoir des muscles toniques et harmonieux pour le protéger ».
|
| |
|

|
Les 2 derniers commentaires
|
 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|

|
 |
 |
|

|
| |
| Ajouter agoride.com à votre accueil personnalisé : |
| |
|
 |
 |
 |
 |
 |
 |
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
|